Gilles Charpentier

CHARPENTIER Gilles
CHARPENTIER Gilles

PRÉFACE

Il est indéniable que la femme a changé. Elle est désormais obnubilée par sa sécurité et son autonomie, tout en exigeant sa liberté. Pour faire face à ses manques affectifs depuis que sa confiance en l’homme se réduit comme peau de chagrin, elle cherche à s’auto-satisfaire en plongeant à tout va dans la consommation, drogue dure savamment distillée à coup de clips publicitaires. Difficile d’échapper  aux leçons du savoir maigrir, du savoir resculpter son nez et son corps, de sortir des codes d’une mode et d’une beauté imposées par des spécialistes aussi créatifs que des photocopieuses, sans compter le savoir aimer, le savoir jouir , avec son baluchon de gadgets vibreurs, orgasme garanti ou remboursé. Vite ! Un selfie  à mettre d’urgence sur Instagram ou Face Book, histoire de récolter un maximum de likes pour conforter un narcissisme débridé.

Responsabilité de la société qui met l’amour en boîte, prônant un bonheur à la portée d’un clic sur un site qui dégaine à tour de bras le profil soi-disant idéal, en faisant miroiter l’image souriante du couple parfait ?  Quant à l’enfant, celui qui représente le fondement de la famille, l’amour qui se transmet, que devient-il ? Bébé désiré, oui, mais programmé dans le temps pour qu’il ne dérange pas la belle ordonnance de l’existence de cette véritable amazone des temps modernes.  Et si elle le veut avec des yeux bleus, rien de plus simple désormais avec les nouvelles technologies. L’apparition de l’enfant de compagnie est en bonne voie.

L’homme, plus romantique et plus idéaliste qu’il n’y peut paraître, ne sait plus trouver sa place auprès d’une femme, obsédée par son aspect physique, sa soif d’éternelle jeunesse et son désir de plaire, qui semble vouloir devenir le calife à la place du calife.

Dans son livre précédent, « Au nom du diable, du vice et du mauvais esprit », l’auteur, Gilles CHARPENTIER, a façonné son  héros, JC Satan, à l’image de cet homme qui ne trouve sur sa route  que des séductrices effrénées, des féministes extrêmes, des Barbies fashion pas si victimes que ça. Là où son but est de rencontrer, malgré une société manipulatrice à la seule fin de se remplir les poches, la femme absolue qui ferait passer l’amour avant tout.

Si, quelques ébauches de cet idéal ont pu transparaître au fil des personnages féminins, le héros était resté cloué derrière « des grilles épaisses qui obturaient des fenêtres d’un autre âge ».

Avec  la suite « Ciel…DIEU ! »,  l’auteur redonne sa chance à son héros en le laissant « recommencer à zéro »…comme la fin du livre précédent le suggère.

Mais, désormais les rencontres fortuites -qui donnaient naissance, entres autres, au fameux « coup de foudre »- sont quasi réduites à zéro laissant la place aux écrans d’ordinateur ou de smartphone, car la science a glissé son pied dans la porte entrouverte du heureux hasard qu’offre l’existence pour prendre le contrôle de notre volonté.

De tout temps, quelle que soit sa religion, l’homme a eu besoin de croire en une intervention divine capable de faire des miracles. La recherche de la perfection, devenue le nouvel opium du peuple, est désormais accessible grâce à l’intelligence artificielle , qui, seule, peut parvenir à résoudre les problèmes les plus complexes. Le QI moyen disparaît au profit de robots plus performants que « Superman » ! En gommant les différences, la nouvelle société maîtrise  nos neurones, prévoit nos envies, améliore notre rentabilité.

En point d’orgue, cette nouvelle civilisation basée sur la science high tech permet la reproduction de l’espèce par la fécondation in vitro et, in fine, l’homogénéisation, forme aboutie de la manipulation, ce qui n’est pas sans rappeler le clip prémonitoire d’ « another brick in the wall »  des Pink Floyd.

Mais si Dieu lui-même a besoin de recourir à la science pour réaliser ses miracles, n’est-ce pas la fin de la civilisation judéo-chrétienne ? Ne sommes-nous pas en train de voir naître une nouvelle ère basée sur une spiritualité scientifique ?  Il faut bien admettre que nos comportements ont changé depuis que la science s’est immiscée dans nos vies. La pilule contraceptive a libéré la femme des contraintes de la maternité laissant libre cours à ses envies de liberté sexuelle, d’autonomie financière et de  son besoin de s’affirmer en solo dans la société, en mettant de côté le rôle  qui lui est propre depuis la nuit des temps, celui de transmettre la vie et l’amour, programmé a priori, « pour des siècles et des siècles ».  Ce chamboulement d’attitude a entraîné la fragilité du couple, et la fracture homme-femme, chacun vivant dans sa bulle. Désormais, les yeux scotchés sur les écrans, le virtuel mène le monde et « la femme peut faire son bébé toute seule »  grâce aux nouvelles technologies.

La civilisation judéo-chrétienne  a-t-elle définitivement mis un genou à terre ?  Sommes-nous sur le point de voir l’avènement d’un monde où la science sera la nouvelle spiritualité ?

L’amour est-il vraiment condamné à disparaître ?  Existe-t-il encore une chance pour que l’homme et la femme, défiant ce futur annoncé fait de science et de technologies, se retrouvent et fassent naître l’essentiel, cet « enfant de l’amour », seul capable de changer le monde ?

Il n’y a pas de doute, le jeu en vaut la chandelle. Encore faut-il y croire.

L’auteur signe ici un roman acidulé, dans lequel son écriture trouve un étonnant équilibre entre philosophie et réalisme scientifique. Avec un humour très second degré, où se niche un zeste de tendresse , Gilles Charpentier pousse le lecteur à s’interroger, en jouant tout à tour Dr Jekill et Mister Hyde.

Lilas SPAK

chroniqueuse